Le CPF : seul véritable compte individuel de formation au monde d’après l’OCDE

Sommaire

    Rapport OCDEEn novembre 2019, l’OCDE a publié un rapport comparant les dispositifs individuels d’accès à la  formation de six pays afin d’étudier leur efficacité et leurs points faibles. De celui-ci ressort que le CPF français, développé dans la « Loi Avenir », est à l’heure actuelle un véritable exemple à suivre. Cocorico.

    Titré « Comptes d'apprentissage individuels, Panacée ou boîte de Pandore? », ce rapport a été conduit avec le soutien du ministère allemand du Travail et des Affaires sociales, et se base sur l’observation et la comparaison par des experts nationaux des comptes personnels d’apprentissage développés dès les années 90 et présents dans de nombreux pays dont l’Autriche, l’Écosse, Singapour, l’Italie, les États-Unis et la France ici analysés.

    Pourquoi avoir fait cette étude ?

    Force est de constater que le monde du travail, quel que soit le pays concerné, fait face à de fortes évolutions parmi lesquelles la diversification des formes de travail (contrats courts, télétravail…) ou la fragmentation des carrières. Ce nouveau paradigme impose des défis inédits pour les politiques de formation des Etats qui doivent non seulement faire face à plus de mobilité des personnes mais également à moins d’accès à la formation qui viennent s’ajouter aux inégalités déjà existantes.

    Pour répondre à ces défis, les pouvoirs publics sont à la recherche de nouvelles solutions à expérimenter et pour cela, le rapport passe en revue les programmes existants et passés en accordant une attention renouvelée aux comptes individuels d'apprentissage.

    C’est dans ce contexte que le Compte Personnel de Formation français et son approche de la formation est fréquemment cité en exemple car il constitue à ce jour le seul réel compte individuel de formation les autres s’apparentant plutôt d’un modèle « chèque formation ».

    Sur quoi porte ce rapport ?

    Le rapport examine avant tout les «solutions d'apprentissage individuelles» déployés dans les pays :

    • Les Comptes d'apprentissage individuels. Actuellement, seul le CPF français constituent le modèle le plus abouti. Ce système permet d’accumuler des droits à formation dans un compte virtuel tout au long de sa carrière professionnelle.
    • Les Comptes d'épargne individuels. Systèmes relativement rares, ils représentent de vrais comptes physiques où les individus accumulent volontairement des droits à formation au fil du temps. Les ressources inutilisées peuvent être utilisées à d'autres fins comme la retraite. 
    • Les « bons ». Forme de programme le plus courant, ces « chèques formations » sont exclusivement réservés à l’achat de formation, requiert le plus souvent l’abondement personnel des individus et ne peut donner lieu à capitalisation.


    Ces 3 solutions présentent des caractéristiques communes, à commencer par la promotion de la capacité de choix et de la responsabilité individuelles en matière de formation. Il s’agit aussi d'augmenter la concurrence entre les prestataires de formation et donc la qualité et la pertinence de l'offre. La possibilité plus récente de faire suivre ses droits personnels tout au long de sa carrière quelle qu’elle soit privilégient davantage l’individu que l’emploi. 

    Quelles leçons sont à tirer de cette analyse ?

    Même si les comptes d'apprentissage individuels semblent une nouvelle approche intéressante pour booster la formation professionnelle, il est peu probable qu’ils constituent une panacée aux défis posés par le nouveau monde du travail. Il importe donc de les améliorer en tirant partie des leçons qui se dégagent de l’observation.

    Prévoir un meilleur ciblage des bénéficiaires

    Les programmes d'apprentissage individuels vise à prioriser l’accès à la formation des moins qualifiés. Il importe donc de mieux cibler les bénéficiaires sans que cela n’alourdisse le traitement administratif ou  n’affecte la portabilité des droits des autres groupes. L’OCDE propose en solution de permettre l'accès à tout le monde mais de différencier le montant du soutien en fonction de la situation de la personne.

    Offrir des financements plus substantiels

    Avec des montants alloués souvent trop faibles, les participants ne peuvent entreprendre qu'une formation de durée relativement courte, ce qui ne peut pas conduire à une augmentation réelle du niveau de qualification de l'individu. De petites sommes d'argent sont peu pertinentes si l'individu a besoin de faire des transitions professionnelles ou d'entreprendre une reconversion professionnelle, un objectif souvent attribué aux programmes d'apprentissage individuels. En effet, l’un des coûts les plus importants à prendre en compte est souvent le manque à gagner pendant la formation. L’OCDE conseille de permettre aux individus de combiner le soutien des programmes d'apprentissage individuels avec d'autres types de soutien à la formation, comme les congés payés de formation ou les formations employeur.

    Simplifier les modalités d’information et d’accès à la formation

    L'expérience des divers programmes examinés montre que la simplicité d'utilisation est nécessaire pour promouvoir la participation effective des individus aux programmes d'apprentissage individuels. Des processus lourds peuvent décourager la participation. C’est d’ailleurs en partie pour cette raison que le site du CPF a été simplifié. Des sites web bien conçus et accessibles favorisent l’autonomie des usagers mais ne suffit pas. Trop de digitalisation des procédures risque d’exclure les personnes qui ne sont pas à l’aise avec l’usage d’internet. Il est donc important soit de proposer une autre manière de postuler - par exemple par le biais d'une demande sur papier - soit de fournir une médiation humaine en face-à-face.

    Garantir la qualité des formations

    La nécessité de garantir la qualité de la formation est un problème pour tous les systèmes de formation des adultes. Les candidats sont confrontés à une forte asymétrie d’informations quand il s’agit de comparer les établissements délivrant des formations et les formations en elles-même et les individus n'ont qu'une capacité limitée à négocier le prix avec le prestataire. Seule une véritable certification des prestataires et la restriction des formations accessibles grâce aux comptes individuels de formation peut améliorer l’efficacité du dispositif en termes de résultats des individus sur le marché du travail.

    Pour en savoir plus, n’hésitez pas à consulter le rapport en entier dans la langue de Shakespeare.


    Publié le 22 Janv. 2020 , et mis à jour le 13 Mars 2020
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