En 2024, la CNIL a recensé 5 629 notifications de violations de données, soit 20 % de plus qu’en 2023. Plus alarmant encore, le nombre de cyberattaques dites « massives » — celles touchant plus d’un million de personnes — a tout simplement doublé en un an. Derrière ces chiffres, une réalité concrète : les entreprises, les hôpitaux, les collectivités cherchent désespérément des professionnels capables de les protéger.
Pour les personnes en quête d’un nouveau départ professionnel, cette tension sur le marché représente une opportunité rare. La cybersécurité n’est pas réservée aux ingénieurs sortis de grandes écoles : c’est un secteur qui accueille — et recherche activement — des profils venus d’ailleurs. Voici cinq raisons concrètes d’envisager cette reconversion, avec les chiffres pour les appuyer.
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1. Un marché de l’emploi sous haute tension
Le constat est sans appel : le secteur de la cybersécurité ne parvient pas à pourvoir ses postes. En 2023, près de 25 % des emplois en cybersécurité restaient vacants en France, ce qui représentait environ 15 000 postes non occupés. Et la situation ne se résorbe pas : entre juin 2023 et juin 2024, plus de 23 000 offres d’emploi ont été publiées dans le domaine, un volume en hausse de 49 % par rapport à 2019.
Les perspectives à moyen terme confirment cette dynamique. Selon une étude de l’OPIIEC publiée en mai 2025, 25 000 nouveaux postes pourraient être créés en France d’ici 2028, en plus des 45 000 emplois déjà recensés en 2024.
Ce que cela signifie concrètement pour un candidat en reconversion
Quand un secteur affiche un taux de postes vacants aussi élevé, le rapport de force s’inverse. Les recruteurs assouplissent leurs critères, acceptent des profils atypiques et investissent dans la formation interne. C’est un terrain de jeu idéal pour quelqu’un qui arrive d’un autre univers professionnel : votre candidature ne sera pas écartée sous prétexte que vous n’avez pas le parcours « classique ».
2. La reconversion n’est pas un handicap, c’est un atout
Contrairement à d’autres secteurs techniques, la cybersécurité ne recrute pas que des profils issus de formations initiales en informatique. L’Observatoire des métiers de l’ANSSI l’a mesuré dans son enquête 2025 : pour la moitié des professionnels en poste, la cybersécurité n’était pas leur domaine d’origine. Plus précisément, 40 % venaient de l’informatique au sens large, et 12 % arrivaient d’un tout autre secteur (commerce, droit, santé, armée…).
Des voies d’accès multiples et bien financées
Autre bonne nouvelle : l’offre de formation s’est considérablement étoffée. L’étude OPIIEC identifie aujourd’hui plus de 900 formations en cybersécurité en France, allant du bootcamp de quelques mois au master spécialisé. Nombre de ces formations sont éligibles au CPF ou au dispositif Transitions Pro, ce qui permet de financer intégralement ou en grande partie son parcours de reconversion.
Pour vous orienter, consultez notre liste de formations pour devenir expert en cybersécurité, avec les dispositifs de financement associés.
3. Des salaires qui récompensent la montée en compétences
La pénurie de talents a un effet mécanique sur les rémunérations : les entreprises paient le prix fort pour attirer et retenir les profils qualifiés. Même en début de carrière, les salaires en cybersécurité se situent bien au-dessus de la médiane nationale.
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Métier |
Salaire junior |
Salaire senior |
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Analyste SOC / Analyste cyber |
39 000 – 44 000 €/an |
55 000 – 70 000 €/an |
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Ingénieur cybersécurité |
45 000 – 50 000 €/an |
70 000 – 85 000 €/an |
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Consultant cybersécurité |
~50 000 €/an |
55 000 – 100 000 €/an |
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Expert cybersécurité |
43 000 – 61 000 €/an |
79 000 – 100 000 €/an |
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RSSI |
70 000 – 95 000 €/an |
120 000 – 200 000 €/an |
Ces fourchettes sont indicatives et varient selon la région (les salaires parisiens sont en moyenne 15 à 20 % supérieurs à la province), la taille de l’entreprise et le secteur d’activité. Mais le signal est clair : même un profil débutant après reconversion peut viser une rémunération confortable, avec une progression rapide.
Le poste de responsable de la sécurité des systèmes d’information (RSSI) illustre bien cette trajectoire : c’est un aboutissement accessible en quelques années d’expérience, avec un salaire qui dépasse fréquemment les 100 000 € annuels.
4. Une diversité de métiers pour tous les profils
La cybersécurité ne se résume pas à un ingénieur seul devant des lignes de code. Le secteur recouvre un écosystème de métiers très variés, chacun répondant à des tempéraments et des compétences différents. L’Observatoire des métiers de l’ANSSI (2025) identifie les profils les plus recherchés dans les offres d’emploi : les architectes cybersécurité arrivent en tête (21 % des offres), suivis des consultants (15 %) et des ingénieurs (15 %).
Les grandes familles de métiers
Les métiers opérationnels sont souvent la porte d’entrée la plus accessible. L’administrateur cybersécurité assure la sécurité au quotidien des infrastructures : gestion des pare-feu, surveillance des alertes, mise à jour des systèmes. C’est un rôle concret, structurant, idéal pour quelqu’un qui aime résoudre des problèmes techniques en temps réel.
Les métiers de conseil s’adressent à des profils plus transversaux. Le consultant en cybersécurité accompagne les organisations dans l’évaluation de leurs vulnérabilités et la définition de leur stratégie de protection. Ce métier fait la part belle à la relation client, à la pédagogie et à la vision globale — autant de qualités que les personnes en reconversion maîtrisent souvent mieux que les profils purement techniques.
Les métiers d’expertise constituent le cœur technique du secteur. L’expert en cybersécurité intervient sur des missions pointues : tests d’intrusion, analyse forensique, réponse aux incidents. Ces postes exigent une spécialisation poussée, mais ils sont accessibles après une formation ciblée et quelques années de montée en compétences.
Les métiers stratégiques couronnent généralement un parcours de plusieurs années. Le RSSI, par exemple, définit la politique de sécurité de toute une organisation. C’est un poste de direction qui mobilise autant de compétences managériales que techniques.
Il existe aussi des métiers cyber accessibles sans bagage technique initial : la gouvernance, risques et conformité (GRC), la sensibilisation des utilisateurs, ou encore le rôle de Délégué à la Protection des Données (DPO). Un profil juridique ou RH peut ainsi trouver sa place dans l’écosystème cyber sans coder une seule ligne.
5. Un secteur d’avenir porté par des tendances de fond
Choisir la cybersécurité, ce n’est pas surfer sur une mode passagère. Plusieurs facteurs structurels garantissent la pérennité — et même l’accélération — de la demande.
Un marché en croissance exponentielle
Le marché français de la cybersécurité était estimé à 5 milliards d’euros en 2023. Selon les projections de l’OPIIEC, il pourrait dépasser les 10 milliards d’euros à l’horizon 2030. Cette croissance est portée par la digitalisation massive des entreprises, l’explosion du cloud, et la multiplication des objets connectés, qui élargissent considérablement la surface d’attaque.
Des réglementations qui créent de nouveaux besoins
L’entrée en application progressive de la directive européenne NIS2 change la donne. Cette réglementation élargit les obligations de cybersécurité à de nombreux secteurs jusqu’ici peu concernés : santé, transports, collectivités, chaînes d’approvisionnement… Résultat : des milliers d’organisations doivent recruter ou former des référents en sécurité informatique, parfois en partant de zéro.
De même, le règlement DORA (Digital Operational Resilience Act) impose aux acteurs financiers de renforcer leur résilience numérique, créant une demande supplémentaire de spécialistes.
L’intelligence artificielle : un accélérateur à double tranchant
L’IA bouleverse le paysage de la cybersécurité sous deux angles. D’un côté, elle permet de détecter les menaces plus rapidement et d’automatiser certaines tâches de surveillance. De l’autre, elle offre aux attaquants des outils plus sophistiqués : phishing généré par IA, deepfakes, attaques automatisées. Cette course aux armements numériques garantit que le besoin de professionnels qualifiés ne fera que croître dans les années à venir.
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Comment réussir sa reconversion en cybersécurité : les étapes clés
Se reconvertir dans la cybersécurité ne s’improvise pas, mais le chemin est balisé. Voici les étapes incontournables pour maximiser vos chances de réussite.
Étape 1 : Identifier vos compétences transférables
Avant de foncer tête baissée dans une formation, prenez le temps d’un bilan. Gestion de projet, analyse de risques, communication, rigueur méthodologique… Beaucoup de compétences acquises dans votre métier actuel sont directement valorisables en cybersécurité. Ce bilan vous aidera aussi à cibler le bon métier dans un secteur qui en compte des dizaines.
Étape 2 : Choisir la bonne formation
L’offre est vaste : bootcamps intensifs de quelques mois, formations certifiantes en ligne, cursus diplômants de type bachelor ou master. Le choix dépend de votre point de départ (technique ou non), de votre budget temps et de votre objectif métier. Privilégiez les formations reconnues par les recruteurs et, si possible, incluant des mises en situation réelles (labs, CTF, stages).
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Étape 3 : Viser des certifications reconnues
Dans un secteur où les compétences évoluent vite, les certifications professionnelles sont un sésame auprès des recruteurs. Parmi les plus valorisées :
- CompTIA Security+ – la référence pour les profils débutants, couvrant les fondamentaux de la sécurité.
- CEH (Certified Ethical Hacker) – orientée tests d’intrusion et hacking éthique.
- ISO 27001 Lead Auditor / Lead Implementor – idéale pour les profils GRC et conformité.
- CISSP – la certification premium pour les profils expérimentés visant des postes stratégiques.
Étape 4 : Mobiliser les bons dispositifs de financement
En France, plusieurs mécanismes permettent de financer une reconversion en cybersécurité sans avancer l’intégralité des frais : le Compte Personnel de Formation (CPF), le dispositif Transitions Pro (ex-Fongecif) pour les salariés en CDI, les aides régionales et les financements OPCO pour les demandeurs d’emploi. Renseignez-vous en amont : certains dispositifs nécessitent des délais de traitement de plusieurs mois.
Étape 5 : Construire votre réseau dans l’écosystème cyber
La cybersécurité est un monde de passionnés. Participez aux événements du secteur (FIC, Les Assises de la Sécurité, meetups locaux), rejoignez des communautés en ligne, et lancez-vous dans des compétitions de type CTF (Capture The Flag). Ces démarches accélèrent l’apprentissage et créent des opportunités que les offres d’emploi classiques ne révèlent pas toujours.
Sources : Rapport annuel 2024 de la CNIL, publié le 29 avril 2025. Jedha, citant des données ANSSI/Wavestone (février 2025) ; Observatoire des métiers de la cybersécurité, 4e édition, ANSSI/AFPA/DGEFP (2025). Étude OPIIEC/Numeum sur les besoins en compétences en cybersécurité, mai 2025. Glassdoor (décembre 2025), étude Fed IT 2025 (Siècle Digital), Jedha, Meilleurs Masters.