Ce guide vous présente les 4 étapes pour construire votre projet, les 5 dispositifs de financement disponibles, et les options concrètes pour partir — ou rester en poste pendant votre transition.
Pourquoi changer de métier quand on est en CDI ?
La stabilité du CDI ne protège pas contre l'insatisfaction professionnelle. 62 % des salariés en CDI déclarent avoir envisagé un changement de métier (BVA pour Visiplus Academy, 2021). Les raisons les plus fréquentes : perte de sens, ennui, mal-être relationnel, envie d'entreprendre, besoin d'un meilleur équilibre vie pro/perso, ou simplement le sentiment d'être passé à côté de sa vraie voie.
Quelle que soit votre raison, la première question à se poser n'est pas "comment partir" mais "est-ce le métier, le poste ou l'entreprise qui pose problème ?" La réponse change tout à la stratégie à adopter. Notre article rester ou quitter son entreprise propose une grille de diagnostic rapide pour trancher cette question.
Quelles sont les étapes de la reconversion des salariés ?

Une reconversion qui réussit n'est pas une reconversion précipitée. La plupart des transitions solides se préparent en parallèle de l'emploi actuel, sur 6 à 12 mois, avant que le départ effectif n'ait lieu.
Étape 1 — Faire le point : bilan et diagnostic
Commencez par clarifier ce que vous voulez — et ce que vous ne voulez plus. Ce travail se fait idéalement par écrit, en répondant à des questions précises sur vos compétences, vos valeurs, vos contraintes et vos aspirations.
Le Conseil en Évolution Professionnelle (CEP) est l'outil de départ : gratuit, disponible via moncep.fr, et confidentiel — votre employeur n'en est pas informé. Si le diagnostic demande plus de profondeur, un bilan de compétences (finançable CPF, ~20h sur 2-3 mois) permet de construire un projet réaliste à partir de vos compétences, valeurs et contraintes de vie.
Étape 2 — Définir et valider le projet
Une fois la direction identifiée, il faut la confronter à la réalité avant de s'engager. Rencontrez des professionnels qui exercent le métier visé (enquête métier), vérifiez les débouchés dans votre zone géographique, et évaluez si une formation est nécessaire — et laquelle.
C'est aussi le moment de vérifier les signes que la reconversion est vraiment nécessaire — et non pas seulement le signe qu'il faut changer d'entreprise.
Étape 3 — Monter le plan de financement
En CDI, vous avez accès à plusieurs dispositifs qui couvrent tout ou partie du coût d'une transition. Consultez la section "Les 5 dispositifs" ci-dessous pour identifier lesquels correspondent à votre situation. Un conseiller CEP peut vous aider à monter les dossiers.
Étape 4 — Choisir le bon mode de départ
Faut-il rester en poste pendant la formation, négocier une rupture conventionnelle, ou démissionner ? Cette décision dépend du dispositif choisi et de votre situation financière. Elle est détaillée dans la section "Comment quitter son CDI" plus bas.
Les 5 dispositifs disponibles pour se reconvertir en CDI en 2026
Voici le tableau comparatif des dispositifs accessibles aux salariés en CDI. Certains permettent de rester en poste, d'autres nécessitent un départ.
|
Dispositif |
Ce qu'il finance — Condition clé — Rester en poste ? |
|
CPF (Compte Personnel de Formation) |
Formations éligibles, jusqu'à 5 000 € cumulés — Accessible à tout salarié — Oui (formation hors temps de travail possible) |
|
PTP (Projet de Transition Professionnelle) |
Frais de formation (jusqu'à 18 000 €) + maintien de 90 à 100 % du salaire — 2 ans d'ancienneté dont 12 mois dans l'entreprise — Oui (formation sur temps de travail) |
|
Période de reconversion (ex-Pro-A, depuis fév. 2026) |
Formation en alternance, financement OPCO — Accord employeur requis — Oui (sauf CDD de reconversion) |
|
Plan de Développement des Compétences |
Formations choisies par l'employeur, 100 % pris en charge — À l'initiative de l'employeur — Oui |
|
Démission-reconversion + ARE |
Allocation chômage après démission — 5 ans d'ancienneté + projet validé CEP — Non (nécessite de quitter le poste) |
Le CPF — point de départ pour toute formation
Votre Compte Personnel de Formation s'alimente chaque année : 500 € par an pour un salarié à temps plein qualifié (plafonné à 5 000 €), 800 €/an pour les salariés peu ou pas qualifiés (plafonné à 8 000 €). Il est utilisable pour des formations éligibles, y compris un bilan de compétences ou une VAE, sans en informer l'employeur. À mobiliser en premier avant de chercher d'autres financements.
Le PTP — le dispositif le plus avantageux pour les CDI
Le Projet de Transition Professionnelle est le dispositif le mieux adapté aux salariés en CDI qui veulent se former sans quitter leur emploi. Il finance les frais pédagogiques ET maintient 90 à 100 % du salaire pendant toute la durée de la formation (selon le niveau de rémunération). Vous restez salarié, vous êtes absent de votre poste, et vous vous formez à plein temps.
Conditions : 24 mois d'ancienneté salariée dont 12 mois dans l'entreprise actuelle. La demande passe par un dossier monté avec un conseiller CEP et validé par Transitions Pro (ex-Fongecif). L'employeur peut reporter le départ de maximum 9 mois — mais ne peut pas refuser.
La période de reconversion — ex-Pro-A
La Pro-A a été supprimée et remplacée par la période de reconversion depuis le 1er février 2026. Les informations ci-dessous remplacent toute mention de la "Pro-A" dans les versions précédentes de cet article.
La période de reconversion permet aux salariés en CDI de se former à un nouveau métier en alternance, sans quitter leur emploi — ou via un CDD de reconversion, qui permet d'intégrer temporairement une autre entreprise pour y apprendre un nouveau métier, tout en étant rémunéré. Le financement est assuré par les OPCO selon les montants définis par les branches professionnelles. Ce dispositif peut être proposé à l'initiative du salarié ou de l'employeur — l'accord de ce dernier est nécessaire.
Le Plan de Développement des Compétences
Ce dispositif est à l'initiative de l'employeur — il sélectionne les formations pour ses salariés dans le cadre de sa politique RH. Si votre projet de reconversion s'inscrit dans une évolution que votre entreprise juge utile (montée en compétences, pivot vers un nouveau rôle), c'est l'option la moins coûteuse pour vous : la formation est intégralement prise en charge, et vous restez salarié pendant toute la durée. Ça vaut la peine de poser la question à votre RH ou votre manager avant d'explorer d'autres voies.
Le dispositif démission-reconversion
Ce dispositif vous permet de démissionner tout en bénéficiant des allocations chômage (ARE) — sous conditions strictes. Il faut justifier de 5 ans d'ancienneté comme salarié (pas nécessairement dans la même entreprise), et avoir un projet de reconversion validé par un CEP avant de démissionner. Le projet doit impliquer une formation qualifiante ou une création/reprise d'entreprise. Sans cette validation préalable, la démission ne donne pas droit au chômage.
Comment se former pendant un CDI : les 3 options
Option 1 — Se former sur son temps de travail
C'est la voie la plus confortable. Le PTP et le Plan de Développement des Compétences permettent tous les deux de se former pendant les heures de bureau, avec maintien de la rémunération. La période de reconversion aussi, sous forme d'alternance. L'inconvénient : l'employeur est informé de l'absence, et le départ en formation peut être reporté.
Option 2 — Se former sur son temps libre
Le CPF peut financer des formations suivies en dehors du temps de travail — cours du soir, formation en ligne, weekend. Votre employeur n'est pas informé. C'est la voie la plus discrète, idéale pour les premières étapes (bilan de compétences, certifications courtes, formations complémentaires) avant de décider si un départ est nécessaire.
Option 3 — Prendre un congé sabbatique
Le congé sabbatique permet de suspendre son CDI pendant 6 à 11 mois pour réaliser un projet personnel — y compris une reconversion ou la création d'entreprise. Conditions : 6 ans d'ancienneté dans l'entreprise et 36 mois de vie professionnelle. Le contrat de travail est suspendu (non rompu) : à votre retour, un poste équivalent doit vous être proposé. Le congé n'est pas rémunéré, mais il laisse le temps de tester une nouvelle voie sans rupture définitive.
Comment quitter son CDI pour se reconvertir
Si votre projet de reconversion nécessite de quitter votre emploi actuel, trois options s'offrent à vous — avec des conséquences financières très différentes.
La rupture conventionnelle — la plus avantageuse
La rupture conventionnelle met fin au contrat à l'amiable, avec l'accord des deux parties. Elle est nettement préférable à la démission dans la plupart des cas : elle vous donne droit à une indemnité légale de rupture ET à l'ARE (allocation chômage) pendant votre période de transition. La négociation avec l'employeur est indispensable — mais dans de nombreux cas, un départ accepté des deux côtés est possible, surtout si vous pouvez présenter un projet crédible.
Point d'attention : pendant le congé maternité ou en cas d'accident du travail, des règles spécifiques s'appliquent. Consultez votre CEP avant d'entamer la négociation.
La démission classique — la plus risquée
La démission sans projet validé ne donne pas droit au chômage. Elle expose à une rupture brutale de revenus. Elle n'est conseillée que si vous avez des ressources financières suffisantes pour tenir au moins 6 à 12 mois, ou si votre situation (harcèlement, toxicité avérée) rend le maintien en poste impossible.
La démission avec dispositif démission-reconversion
Si vous remplissez les conditions (5 ans d'ancienneté, projet validé CEP), c'est une alternative sérieuse à la rupture conventionnelle. L'avantage : vous ne dépendez pas de l'accord de votre employeur. L'inconvénient : la validation du dossier prend du temps et impose d'avoir un projet très structuré avant de partir.