Le contexte de l'emploi cadre en 2024-2025
Le marché de l'emploi cadre a connu un retournement marqué depuis 2024. Les entreprises françaises ont recruté 303 400 cadres en 2024, soit une chute de 8 % par rapport à 2023 — une correction qualifiée de « sévère » par l'Apec, la première contraction de cette ampleur depuis 2009 hors crise sanitaire (Apec, Prévisions 2025).
En 2025, le volume devrait poursuivre sa baisse, sans rebond prévu dans aucun secteur ni aucune région. Cette situation pèse particulièrement sur les profils seniors et les demandeurs d'emploi cadres, pour qui les opportunités de retrouver un emploi équivalent se réduisent. C'est dans ce contexte que la reconversion devient, pour nombre de cadres, non plus une simple envie mais une nécessité stratégique.
Par ailleurs, 74 % des cadres estiment désormais qu'une reconversion est difficile à mener à bien (Apec Baromètre T3 2025) — un chiffre en hausse significative par rapport aux 56 % enregistrés en 2022. Ce contexte rend d'autant plus précieux un accompagnement structuré.
Les cadres et leur projet de reconversion
Selon une étude de l’APEC publiée en décembre 2022, les cadres ont également des envies de reconversion professionnelle.
- Quel est leur profil ?
- Quel est leur projet ?
- Quelles sont les raisons qui les poussent à envisager une reconversion ?
- Quels sont leurs freins ?
- De quoi ont-ils besoin pour changer de métier ?
- …
31% des cadres indiquent avoir un projet de reconversion pour changer de métier : 23% ont un projet au stade de simple idée et seulement 8% ont réellement entamé des démarches pour y parvenir.
Profil des cadres
Ce désir de reconversion est plus répandu chez les cadres au chômage (60%) et chez les cadres de moins de 35 ans (45%).
Par contre, les cadres évoluant dans des secteurs ou des fonctions dynamiques, dans des métiers en tension comme l’informatique ou l’ingénierie R&D sont moins enclins à se reconvertir.
Projet de reconversion
Parmi les cadres ayant un projet de reconversion
- 59 % envisagent de s'orienter vers un métier proche de leur métier actuel (car se reconvertir n'est pas perçu comme une démarche aisée pour 74 % des cadres — Apec Baromètre T3 2025
- 15% envisagent de se reconvertir dans un métier radicalement différent
Ils souhaitent changer de secteur d’activité (82%), se mettre à leur compte (56%) ou travailler dans une autre région (54%).
Métiers cadres porteurs en 2025
Pour ces profils, la reconversion professionnelle n'est plus seulement une option d'épanouissement : elle devient souvent un levier stratégique pour retrouver une employabilité sur le marché. 24 150 cadres seniors demandeurs d'emploi ont entamé une formation en 2024, soit 21 % de l'ensemble des cadres ayant débuté une formation (source : France Travail / Apec, 2025).
Pour quelles raisons les cadres envisagent-ils une reconversion ?
Les principales motivations des projets de reconversion des cadres sont :
- La volonté de faire un métier qui a plus de sens (pour eux et/ou pour la société) : 37%
- Le souhait de meilleures conditions de travail : 35%
- De l’ennui, une lassitude dans leur métier actuel : 34%
- L’attrait pour un nouveau métier ou un métier différent : 30%
- Le souhait de meilleures perspectives de carrière et de rémunération : 26%
Ces motivations liées principalement à une insatisfaction professionnelle (suite à un licenciement, une restructuration de l’entreprise, des tensions avec la hiérarchie…) et/ou à des bouleversements personnels (maladie, déménagement, naissance d’un enfant…) peuvent se combiner, se clarifier et surtout évoluer au fur et à mesure de la construction et de l’avancée de leur projet de reconversion.
Depuis 2024, l'IA s'impose comme un nouveau déclencheur de reconversion chez les cadres. 69 % des cadres estiment que l'IA a déjà un impact direct sur leur métier actuel — le taux le plus élevé toutes catégories professionnelles confondues (Jedha, Rapport 2026).
72 % de ceux qui utilisent déjà l'IA dans leur travail quotidien ressentent le besoin de se former sur ce sujet — mais seulement 38 % ont déjà bénéficié d'une telle formation. Cet écart entre la perception du changement et l'accès à la formation alimente chez de nombreux cadres une réflexion sur leur orientation professionnelle.
Pour une partie des cadres, l'IA ne représente pas seulement une contrainte d'adaptation : elle ouvre aussi des pistes de reconversion vers des métiers liés à la data, à la transformation numérique ou au conseil en IA appliquée à leur secteur d'expertise.
Typologie des projets de reconversion
La reconnexion à une passion
Ces projets de reconversion se caractérisent par un changement de métier avec une orientation très claire dès le départ vers un métier passion bien identifié.
La quête de sens
Les projets de reconversion de ces cadres se définissent essentiellement par une quête de sens et d’épanouissement à travers leur métier.
Ils s’orientent vers des professions qui correspondent à leurs valeurs et qui concernent des enjeux sociétaux (écologie, santé, nature, éducation…).
La nécessité de rebondir
Ces projets de reconversion traduisent le besoin de se réorienter professionnellement afin de préserver sa santé physique et mentale.
Ils concernent principalement des cadres seniors, des cadres en réinsertion ou évoluant dans des secteurs sinistrés et des cadres demandeurs d’emploi de longue durée.
Le désir de promotion sociale
Ces projets de reconversion sont liés à la recherche d’une ascension professionnelle et sociale avec la volonté d’obtenir un meilleur statut, plus de responsabilités ou d’autonomie.
Ils sont généralement portés par des cadres avec une expérience significative dans leur domaine d’activité.
La recherche de meilleures conditions de travail ou de vie
Ces projets de reconversion traduisent la volonté de se réorienter pour améliorer ses conditions de travail et sa qualité de vie.
L’envie d’un second souffle
Les projets de reconversion de ces cadres répondent à la nécessité de dépasser une forme de lassitude ou d’ennui au travail et de donner une nouvelle dynamique à leur carrière.
Ils émergent généralement chez des cadres d’âge intermédiaire et plutôt expérimentés mais peuvent aussi concerner de jeunes cadres lassés dès le début de leur carrière par un métier redondant et peu évolutif.
Quels sacrifices sont-ils prêts à faire ?
Dans le cadre d’une reconversion, les cadres sont prêts à faire des sacrifices :
- renoncer à des fonctions managériales (66%)
- renoncer à un poste à responsabilités (63%)
- renoncer à leur statut de cadre (50%)
- accepter une rémunération plus faible (42%)
- accepter des horaires de travail plus importants (41%)
Qu’est-ce qui freine les cadres dans leur projet de reconversion ?
Les freins aux projets de reconversion des cadres sont :
- La peur de se tromper ou de prendre trop de risques : 34%
- Le sentiment de ne pas avoir les moyens d’assumer financièrement : 28%
- La peur d’avoir une moins bonne rémunération ou de moindres perspectives de carrière : 27%
- Le contexte qui leur semble trop incertain actuellement : 25%
- Le manque de temps pour préparer leur reconversion : 24%
- Le manque d’énergie suffisante pour recommencer à zéro ou presque : 22%
- Le sentiment que cela est trop tôt ou trop tard dans leur carrière : 21%
- La peur d’avoir de moins bonnes conditions de travail : 19%
- Le manque de connaissance des aides ou dispositifs d’accompagnement existants : 17%
- La peur ou le manque d’envie de reprendre des études : 11%
Quels sont les éléments qui contribuent à la réussite des projets de reconversion des cadres ?
Avoir une idée précise et détaillée de leur projet de reconversion professionnelle
Cela suppose un temps de maturation suffisant pour documenter leur projet et le faire évoluer progressivement jusqu’à sa forme définitive.
Les cadres dont les projets de reconversion aboutissent ont le plus souvent une bonne connaissance de l’environnement de la reconversion, notamment des possibilités d’accompagnement (bilan de compétences, CEP, ateliers...) et des dispositifs existants (financements, aides...).
Néanmoins, ces ressources restent méconnues pour une majorité de cadres.
En effet, selon une enquête réalisée par l’APEC en mars 2022, seuls 18% des cadres connaissent précisément le dispositif Conseil en évolution professionnelle.
Les opportunités professionnelles
Pour obtenir des informations, des exemples ou des pistes concrètes pour les projets de reconversion qu’ils envisagent, les réseaux sociaux aussi bien professionnels que personnels sont de vraie mine d’or.
De plus, certains environnements professionnels sont plus propices aux reconversions, comme c’est le cas dans les groupes internationaux ou les grandes entreprises qui peuvent proposer un réel accompagnement.
La situation personnelle
Dernier facteur qui contribue à la réussite des projets de reconversion : la situation personnelle.
Une reconversion professionnelle demande beaucoup d’investissement personnel de la part des candidats. Cela a donc des conséquences sur l’entourage dont le soutien psychologique, et éventuellement financier, est très important.
Dans une période de crise (burn-out, divorce, décès...) ou dans un contexte peu favorable (charge de proches dépendants ou d’enfants en bas âge), le projet de reconversion sera plus long et difficile à mener.
Pour les cadres qui franchissent le pas et utilisent le Projet de Transition Professionnelle, les résultats sont particulièrement encourageants. En 2024, 94 % des bénéficiaires du PTP ont obtenu le titre ou diplôme visé (Observatoire des Transitions Professionnelles, 2024).
Six mois après la fin de leur formation, 92 % avaient déjà concrétisé leur projet ou poursuivaient activement leur reconversion : 59 % travaillaient déjà dans leur nouveau métier, 33 % poursuivaient leur parcours. 80 % estiment que leurs conditions de travail se sont améliorées, et 96 % referaient la même démarche.
Quels sont les besoins des cadres en reconversion ?
Le besoin de financement
Même les cadres qui mobilisent leurs droits CPF ont recours à l’autofinancement pour financer leur projet de reconversion.
Mais certains n’ayant pas les moyens financiers doivent rechercher des sources de financement complémentaires ou alternatives, notamment dans le cadre d’une création d’entreprise, pour éviter de devoir abandonner leur projet.
Le besoin de formation
Les cadres ont conscience du besoin de formation pour acquérir de nouvelles compétences nécessaires pour leur futur métier.
Parmi ceux qui ont un projet de reconversion professionnelle, 82% sont prêts à suivre une formation d’au moins 3 mois (28% pour une formation de 6 mois à 1 an, 29% pour une formation d’1 à 2 ans…).
Les cadres qui ont entamé des démarches sont davantage prêts à suivre des formations longues que ceux qui sont au stade de simple idée ; 45% vs 34% pour une formation supérieure à 1 an.
Le besoin d’accompagnement
Les cadres sont plutôt autonomes dans leur projet de reconversion mais ils sont en manque d’informations sur la maturation de leur projet, les démarches à effectuer, les aides financières et les formations disponibles.
Un accompagnement spécifique leur permet de bénéficier d’un regard extérieur et du recul sur leurs aspirations et leurs besoins ainsi qu’une aide précieuse sur les dispositifs existants et le financement.
Sources
- Étude APEC — Reconversion professionnelle des cadres, décembre 2022 (données originales conservées)
- Apec — Prévisions recrutements cadres 2025 : chute de 8 % en 2024 (303 400 recrutements)
- Apec Baromètre T3 2025 : 74 % des cadres estiment la reconversion difficile à mener
- Apec / France Travail — Cadres seniors demandeurs d'emploi, communiqué 2026
- Observatoire des Transitions Professionnelles — Enquête nationale 2024 : 94 % de réussite PTP
- Jedha — La reconversion professionnelle en France, Rapport 2026 : impact IA sur les cadres