Vous rêvez de changer de métier mais l'idée de tout quitter d'un coup vous fait peur ? Et si vous testiez d'abord ? Le slashing — l'art d'exercer plusieurs activités professionnelles en parallèle — est devenu en quelques années l'une des stratégies les plus prudentes pour explorer une nouvelle voie sans renoncer à sa sécurité.
Ce terme a été utilisé pour la première fois par l'autrice américaine Marci Alboher dans son livre intitulé "One Person / Multiple Careers", en 2007. Faisant référence au signe "/", qui se dit "slash" en anglais, il désigne toutes les personnes qui ont plusieurs activités professionnelles. Par exemple : serveur/comédien de théâtre/graphiste en freelance.
Phénomène voisin du job hopping ou du quiet quitting, le slashing traduit lui aussi une transformation profonde du rapport au travail — mais avec une logique différente : non pas changer ou se désengager, mais multiplier les expériences en parallèle. Être un slasheur ne serait-il pas une bonne solution pour s'épanouir au travail ?

En premier lieu, la motivation des slasheurs est financière. Ceux-ci souhaitent en effet compléter leurs revenus. Mais ce n'est pas la seule raison. Beaucoup d'entre eux sont aussi en quête de sens et d'indépendance, et souhaitent allier travail, plaisir et autonomie. C'est en tout cas le résultat d'une enquête de 2015 réalisée dans le cadre du Salon des micro-entreprises.
Contraint, le choix du slashing ? Non : contrairement aux idées reçues, avoir plusieurs activités professionnelles est un choix délibéré pour 70 % des slasheurs. S'il peut parfois être contraint (notamment financièrement), ce mode de vie est de plus en plus vécu comme une libération, une façon d'échapper aux codes traditionnels et parfois étouffants du monde du travail.
Les slasheurs exercent en général 2 activités différentes, parfois 3.
De manière globale, le phénomène des slasheurs en France s'explique par plusieurs raisons : le régime micro-entrepreneur, qui simplifie grandement l’exercice d’une activité professionnelle complémentaire ; les plates-formes de mission freelance qui permettent la mise en relation des travailleurs avec des clients potentiels ; et enfin les nouvelles technologies qui offrent la possibilité de travailler à distance, partout et quelle que soit l’heure.
Et même s’il n’y pas d’âge pour être slasheur, ils représentent une grande part des moins de 30 ans, avec 21% d'entre eux qui cumulent au moins deux activités professionnelles.
Ils sont nombreux !
Le slashing permet d'exercer plusieurs métiers différents, d'être indépendant (quand on exerce en freelance), de se former en autodidacte, mais aussi de travailler à distance (le cas échéant) et d'adapter son emploi du temps comme on le souhaite. De nombreux slasheurs apprécient aussi de vivre de leur passion, et de ne jamais connaître l'ennui dans leur vie professionnelle.
Quand on envisage une nouvelle vie professionnelle (en tant que salarié ou dans le cadre d’une future création d’entreprise), le slashing peut se révéler un excellent moyen de tester sans prendre trop de risques.
C'est un fait : les slasheurs peuvent être perçus par certains recruteurs comme des profils instables, atypiques, voire trop indépendants.
3 freins principaux ont été identifiés à l'occasion d’une enquête de Cadremploi auprès de plusieurs recruteurs :
Au-delà de ça, le slashing peut engendrer une certaine précarité financière. Il peut également nécessiter beaucoup de ressources (temps, énergie...), ce qui pourrait rebuter des travailleurs plus âgés et/ou en quête de stabilité.
Si vous avez l'ambition de devenir slasheur, voici quelques conseils pour bien débuter.
Tout d'abord, identifiez vos besoins, vos attentes, vos points forts, et surtout : votre moteur. Sachez qui vous êtes ! Ceci vous permettra de poser les bases de vos différentes activités, et de mieux comprendre pourquoi vous souhaitez les exercer.
Ensuite, soyez fier de votre profil et de vos multiples talents. Etre slasheur, c’est avoir plusieurs sensibilités, et plusieurs cordes à son arc. Ensuite, montrez-vous cohérent dans vos choix professionnels. Il vaut mieux avoir un fil rouge qui guide l'ensemble de vos activités professionnelles, plutôt que de partir dans tous les sens pour acquérir de l'expérience ou "se faire de l'argent". Si une activité/une mission n’est pas en accord avec vos attentes, ne vous forcez pas. La constance, la patience et la logique sont les maîtres mots du slashing. L'objectif reste avant tout de vous construire un parcours professionnel qui vous ressemble.
Adaptez également votre CV, de façon à retranscrire vos activités de slasheur de manière claire et honnête. Ne dissimulez rien, ne mentez pas sur vos expériences et vos compétences. Il est important de mettre en valeur votre parcours de slasheur, de façon à donner la possibilité à vos interlocuteurs de comprendre vos motivations.
Enfin, ayez confiance en vous, et n'oubliez pas de réseauter ! Être slasheur, c’est garder un oeil un peu partout, et croire aux trajectoires multiples, aux reconversions professionnelles, aux essais... mais aussi aux échecs, qui sont nécessaires.
On l'a vu : le slashing se démocratise et devient de plus en plus prégnant. Il ne convient certes pas à tout le monde, mais il permet à ceux qui en ont envie d’allier passion et activité professionnelle, mais aussi indépendance, ouverture d'esprit et diversité. De plus en plus d'entreprises s'ouvrent à ces profils. Et si certains secteurs ne s’y prêtent pas (ex : industrie, banque, etc), les choses bougent inévitablement. Quand on sait que la moitié des jeunes de la génération Z pensent que le CDI va disparaître, on se dit que le slashing a de beaux jours devant lui.
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