Votre expérience passée pourrait bien être votre meilleur atout pour changer de métier.
Lorsqu'on pense à une reconversion professionnelle, une peur revient souvent : « Est-ce que je vais devoir tout recommencer ? »
Reprendre des études, perdre le bénéfice de son expérience ou repartir avec un salaire de débutant peut freiner un projet avant même de l'avoir exploré.
Pourtant, changer de métier ne signifie pas forcément repartir de zéro. Vos compétences, votre expérience, votre connaissance d'un secteur ou encore vos qualités professionnelles peuvent parfaitement être utiles dans une nouvelle voie.
La vraie question est donc moins « Qu'est-ce que je vais devoir réapprendre ? » que « Qu'est-ce que je peux déjà réutiliser ? »
Si vous êtes encore au début de votre réflexion, commencez par structurer votre démarche. Notre guide Reconversion professionnelle : par où commencer ? peut vous aider à avancer étape par étape.
Quand on imagine une reconversion professionnelle, on pense facilement à des changements spectaculaires : un cadre qui devient boulanger, une comptable qui devient fleuriste ou un commercial qui quitte tout pour devenir éducateur sportif.
Ces parcours existent. Mais ils ne représentent qu'une partie des reconversions.
Changer de métier peut aussi vouloir dire évoluer vers une fonction proche de celle que l'on exerce déjà.
Une assistante administrative peut, par exemple, évoluer vers les ressources humaines. Un commercial peut se tourner vers le recrutement. Un chef de projet peut devenir consultant. Un enseignant peut rejoindre le secteur de la formation professionnelle. Un professionnel de la communication peut se spécialiser dans le digital.
Dans ces situations, le métier change, parfois même le secteur, mais une partie importante des compétences reste pertinente.
Une étude de l'Apec publiée en 2022 va d'ailleurs dans ce sens : parmi les cadres ayant un projet de reconversion, plus de 6 sur 10 envisageaient de s'orienter vers un métier proche de leur métier actuel.
Cela rappelle une chose essentielle : une reconversion n'est pas nécessairement une rupture totale. Elle peut être une évolution, un déplacement ou une spécialisation.
Avant de vous demander comment tout recommencer, il est donc utile de vous demander quelle distance vous sépare réellement du métier que vous envisagez.
Vous exercez peut-être le même métier depuis dix ou quinze ans et avez l'impression de ne savoir faire « que ça ».
C'est rarement vrai.
Avec le temps, nous finissons par tellement associer certaines compétences à notre métier que nous oublions qu'elles peuvent être utiles ailleurs.
Prenons l'exemple d'une responsable de magasin.
Elle peut avoir appris à :
Elle souhaite peut-être quitter complètement le commerce.
Son expérience ne disparaît pas pour autant.
La gestion d'équipe peut être recherchée dans de nombreux secteurs. L'organisation et la planification peuvent intéresser des métiers de coordination. La relation client peut être utile dans le recrutement, l'immobilier, la banque ou les services. La formation des collaborateurs peut ouvrir une piste vers la formation professionnelle.
C'est ce que l'on appelle les compétences transférables : des compétences acquises dans un métier mais qui peuvent être mobilisées dans un autre contexte professionnel.
France Travail encourage d'ailleurs les employeurs à prendre davantage en compte ces compétences plutôt que de sélectionner uniquement des candidats ayant déjà exercé exactement le même métier.
Votre premier travail, lorsque vous envisagez une reconversion, n'est donc pas nécessairement de rechercher une formation.
Il consiste d'abord à faire l'inventaire de ce que vous savez déjà faire.
Cette étape fait partie des premières démarches à mener avant de vous engager dans un nouveau projet. Vous pouvez retrouver les 7 étapes pour réussir une reconversion professionnelle pour construire votre réflexion progressivement.
Imaginez que vous retiriez l'intitulé de votre poste de votre CV.
Que reste-t-il ?
Cette petite expérience est souvent très révélatrice.
Au lieu d'écrire :
« Je suis secrétaire médicale depuis 12 ans »,
demandez-vous ce que ces douze années vous ont réellement appris.
Peut-être savez-vous accueillir différents publics, gérer des situations difficiles, organiser des agendas complexes, traiter des informations confidentielles, utiliser plusieurs logiciels, coordonner différents interlocuteurs et gérer des urgences.
Ces compétences peuvent exister dans de nombreux autres métiers.
Faites donc trois colonnes.
Dans la première, notez vos compétences techniques : utilisation d'un logiciel, comptabilité, rédaction, analyse de données, utilisation d'une machine, connaissance d'une réglementation, maîtrise d'une langue…
Dans la deuxième, notez vos compétences transversales : organisation, gestion de projet, communication, management, négociation, résolution de problèmes…
Dans la troisième, listez vos qualités professionnelles : patience, créativité, rigueur, écoute, capacité d'adaptation, autonomie…
Vous commencerez probablement à voir votre parcours différemment.
Vous n'êtes plus seulement « comptable », « vendeur », « infirmier » ou « chargé de communication ».
Vous êtes une personne qui possède un ensemble de compétences pouvant se combiner de différentes manières.
Pour savoir si vous devrez ou non « repartir de zéro », il faut surtout mesurer l'écart entre votre situation actuelle et le métier envisagé.
On peut schématiquement distinguer trois situations.
C'est le changement le plus simple.
Vous restez dans un univers proche et de nombreuses compétences sont déjà acquises.
Par exemple :
Assistant RH → chargé de recrutement
La connaissance des procédures RH, du fonctionnement d'une entreprise et des outils administratifs constitue déjà une base importante. Il faudra peut-être développer des compétences en entretien, sourcing ou droit du recrutement, mais tout n'est pas à apprendre.
Le changement est plus important, mais une partie de votre expérience reste exploitable.
Par exemple :
Commercial → recruteur
Les deux métiers demandent notamment d'écouter un besoin, convaincre, négocier, prospecter et développer un réseau.
Le commercial devra acquérir les méthodes et les connaissances spécifiques au recrutement, mais il ne part pas sans rien.
Vous passez cette fois dans un univers professionnel très différent.
Par exemple :
Comptable → plombier
Une formation technique sera probablement indispensable.
Pour autant, même dans ce cas, vous ne redevenez pas totalement débutant.
Votre ponctualité, votre capacité à gérer des clients, à organiser votre activité, à établir des devis ou à suivre une trésorerie peuvent devenir de véritables atouts, notamment si vous envisagez un jour de travailler à votre compte.
Même une reconversion radicale ne supprime donc pas tout ce qui la précède.
On parle beaucoup des compétences techniques et pas assez de tout ce que l'expérience apporte avec les années.
Lorsque vous avez déjà travaillé plusieurs années, vous savez généralement :
Cela peut sembler banal.
Pourtant, ces comportements professionnels ont une réelle valeur.
Une personne en reconversion peut ne pas maîtriser immédiatement tous les aspects techniques de son nouveau métier, mais elle possède souvent une maturité professionnelle qu'un débutant n'a pas encore eu le temps d'acquérir.
C'est aussi pour cette raison qu'il faut éviter de présenter votre reconversion comme une demande de seconde chance.
Vous n'avez pas à dire :
« Je ne connais encore rien à ce métier. »
Vous pouvez plutôt expliquer :
« Voici ce que mon parcours m'a déjà appris, voici ce que je peux apporter et voici les compétences qu'il me reste à acquérir. »
Le message est très différent.
Autre idée reçue : pour changer de métier, il faudrait obligatoirement reprendre plusieurs années d'études.
Ce n'est pas systématique.
France Compétences a étudié les parcours de 886 personnes ayant initié ou achevé une reconversion professionnelle. L'organisme souligne justement la grande diversité des parcours et indique que la reconversion ne peut pas être réduite à un modèle unique reposant systématiquement sur une longue formation suivie d'un changement radical de métier.
Selon votre projet, vous pourrez avoir besoin :
Tout dépend du métier visé et de sa réglementation.
Avant de choisir une formation, commencez donc par faire ce que l'on pourrait appeler une analyse des écarts.
Prenez une fiche du métier qui vous intéresse et identifiez :
Vous découvrirez parfois que la montagne imaginée est beaucoup moins haute que prévu.
Certains métiers sont réglementés et nécessitent impérativement un diplôme ou une qualification précise.
Impossible, par exemple, de décider de devenir infirmier ou psychologue simplement parce que l'on possède de bonnes qualités relationnelles.
Mais dans d'autres professions, les parcours peuvent être beaucoup plus ouverts.
Les entreprises commencent également à s'intéresser davantage aux compétences réellement mobilisables par les candidats.
France Travail propose notamment la Méthode de Recrutement par Simulation (MRS), qui permet d'évaluer certaines habiletés nécessaires à un métier indépendamment des expériences professionnelles passées ou du diplôme.
Cela peut créer des opportunités intéressantes pour des personnes en reconversion.
L'objectif n'est évidemment pas de considérer que les diplômes ne servent à rien, mais de ne pas partir du principe qu'un parcours différent vous ferme automatiquement les portes.
Lorsque l'on réfléchit à une reconversion, le risque est de passer directement de l'idée à la formation.
Pourtant, une étape manque entre les deux :
tester.
Vous pouvez lire cinquante fiches métiers et regarder vingt vidéos sur un métier sans réellement comprendre ce que l'on ressent lorsqu'on l'exerce huit heures par jour.
Essayez donc de vous rapprocher de la réalité.
Vous pouvez échanger avec des professionnels, participer à des salons, visiter des entreprises ou réaliser une immersion professionnelle.
La PMSMP — Période de mise en situation en milieu professionnel — permet justement, sous certaines conditions, de découvrir un métier ou un secteur en entreprise.
France Travail indique qu'une immersion peut durer d'une journée à un mois.
Cette étape peut vous éviter de consacrer plusieurs mois et plusieurs milliers d'euros à une formation avant de vous rendre compte que le quotidien du métier ne correspond finalement pas à ce que vous recherchez.
Elle permet aussi de mieux identifier ce que vous savez déjà faire et ce qu'il vous reste à apprendre.
La sensation de « repartir de zéro » ne concerne pas uniquement les personnes déjà engagées dans la vie professionnelle.
Elle peut être encore plus forte chez les étudiants.
Après deux ou trois années d'études, changer de cursus peut donner l'impression d'avoir perdu son temps.
Là encore, cette vision est souvent trop sévère.
Une année ou un diplôme qui ne conduit finalement pas au métier imaginé peut néanmoins avoir permis de développer des connaissances, une méthode de travail, une autonomie et parfois des compétences directement réutilisables dans un autre cursus.
Un étudiant en droit qui s'oriente vers les ressources humaines n'efface pas ses connaissances juridiques.
Un étudiant en langues qui rejoint le commerce international ne recommence pas tout.
Un étudiant en psychologie qui choisit ensuite les ressources humaines pourra probablement exploiter une partie de ce qu'il a appris sur les comportements humains.
La question à se poser reste donc la même :
« Parmi ce que j'ai déjà appris, qu'est-ce qui peut encore me servir ? »
Si vous êtes encore au stade de la réflexion, ne cherchez pas immédiatement le métier idéal.
Commencez plutôt par explorer plusieurs possibilités.
Prenez une compétence que vous aimez réellement utiliser.
Par exemple :
« J'aime organiser. »
Puis demandez-vous dans quels métiers cette compétence peut être utile.
Chef de projet, office manager, wedding planner, coordinateur logistique, assistant de direction, responsable événementiel…
Faites ensuite la même chose avec deux ou trois autres compétences.
Certains métiers reviendront peut-être plusieurs fois.
Ils méritent alors d'être explorés.
Et lorsque vous hésitez entre deux pistes qui semblent toutes les deux intéressantes, évitez de choisir uniquement sur une impression. Comparez-les concrètement : missions, salaire, conditions de travail, débouchés, formation nécessaire ou encore compatibilité avec votre mode de vie.
Pour vous aider, vous pouvez suivre notre méthode pour comparer deux métiers avant de faire votre choix.
Cette comparaison vous permettra de voir plus clairement quelle piste correspond le mieux à vos priorités et, surtout, laquelle vous demanderait le moins de repartir de zéro.
Vous pouvez également partir de votre métier actuel et chercher ses métiers passerelles, c'est-à-dire des métiers suffisamment proches pour réutiliser une partie importante de vos acquis.
Cette méthode a un avantage : elle permet d'élargir progressivement les possibilités sans avoir le sentiment de devoir choisir immédiatement entre rester exactement là où vous êtes et changer toute votre vie.
| Situation | Ce que vous pouvez conserver | Ce qu’il faudra peut-être acquérir | Niveau de changement |
|---|---|---|---|
| Métier très proche | Une grande partie de vos compétences, votre expérience du secteur, vos méthodes de travail | Quelques compétences spécifiques ou une courte formation | Faible |
| Métier différent mais avec des compétences communes | Compétences transférables, savoir-être, expérience professionnelle | Nouvelles méthodes, outils ou connaissances métier | Modéré |
| Métier très éloigné | Savoir-être, organisation, autonomie, relation client, connaissance du monde du travail | Compétences techniques, qualification ou diplôme selon le métier | Important |
| Changement de secteur sans changer vraiment de fonction | Votre cœur de métier et la majorité de vos compétences | Connaissance du nouveau secteur, de ses codes et de sa réglementation | Faible à modéré |
| Réorientation étudiante | Connaissances déjà acquises, méthodes de travail, matières communes | Nouveaux enseignements ou prérequis selon la filière | Variable |
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